Nobitex : enquête sur la plus grande plateforme crypto d’Iran

La plateforme Nobitex, fondée par des membres de la famille Kharrazi, est scrutée après des révélations sur des liens présumés avec des entités sanctionnées.

Temps de lecture : 4 min

Points clés à retenir

  • Lien politique : Nobitex a été fondé en 2018 par les frères Ali et Mohammad Kharrazi, issus d’une influente famille iranienne avec des liens cléricaux et politiques, mais sous le nom d’emprunt “Aghamir”.
  • Transactions contestées : Des registres blockchain suggèrent des transferts vers des entités sanctionnées, dont la Banque centrale d’Iran et les Gardiens de la Révolution – ce que Nobitex réfute.
  • Retraits records : Après des frappes aériennes sur Téhéran, les retraits en crypto ont bondi de plus de 700 %, atteignant près de 3 millions de dollars en 48 heures.

Nobitex : géant iranien sous surveillance

Posons les bases avant d’aller plus loin. Nobitex est aujourd’hui la plus grande plateforme d’échange de crypto-actifs en Iran, avec 11 millions d’utilisateurs déclarés et environ 70 % des transactions crypto du pays. Ce que les chiffres ne disent pas seuls, c’est que derrière cette croissance se cache une toile politique complexe. Selon une enquête de Reuters, la plateforme a été fondée en 2018 par les frères Ali et Mohammad Kharrazi, membres d’une famille iranienne influente, proche du clergé et des cercles du pouvoir. Ils auraient utilisé le surnom “Aghamir” pour dissimuler leurs liens.

Liens présumés avec des entités sanctionnées

En pratique, ça donne quoi ? Les investigateurs de Reuters ont croisé des registres blockchain et des témoignages pour identifier des transactions suspectes entre Nobitex et des entités placées sous sanctions internationales, notamment la Banque centrale d’Iran et le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI). La plupart des analyses s’arrêtent là. Moi non. Car il faut distinguer ce qui est vérifié – des transferts identifiés par des adresses spécifiques – de ce qui reste estimé – l’ampleur réelle du flux.

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Nobitex a fermement nié tout lien étatique. Dans sa réponse à Reuters, la plateforme s’est décrite comme une “entreprise privée et indépendante”, sans contrat ni relation avec le CGRI, la Banque centrale ou tout autre organisme gouvernemental. Attention : ce que je vais écrire va à l’encontre du consensus médiatique, mais un démenti formel, même d’une entreprise sous sanctions, mérite d’être mentionné – cela n’invalide pas les données, mais complexifie le récit.

Retraits massifs après les frappes sur Téhéran

Le timing de ces révélations n’est pas neutre. C’est précisément là que ça se complique. Après les frappes aériennes américaines et israéliennes sur Téhéran fin février 2026, les retraits en crypto depuis Nobitex ont explosé de plus de 700 % en quelques minutes, selon les données d’Elliptic. Les utilisateurs ont retiré plus de 500 000 dollars immédiatement après les premiers impacts, et près de 3 millions de dollars entre le 28 février et le 1er mars.

Je préfère me tromper avec des données plutôt qu’avoir raison avec des intuitions. Elliptic précise que Nobitex permet aux utilisateurs de convertir des rials en crypto et de transférer les fonds vers des portefeuilles externes – contournant ainsi les canaux bancaires limités. Mais TRM Labs apporte une nuance essentielle : l’activité pourrait être en partie due à des pannes internet massives (le réseau iranien a chuté de 99 % après les frappes), réduisant le volume normal de transactions et gonflant artificiellement le ratio de retraits.

Entre peuple et régime : une frontière poreuse

Nick Smart, directeur chez Crystal Intelligence, résume le dilemme : “Nobitex crée un problème de conformité majeur, car il est difficile de séparer le régime du peuple sur une même plateforme.” En pratique, ça donne quoi ? Un outil qui sert à la fois à des investisseurs iraniens ordinaires cherchant à protéger leur épargne et à des entités cherchant à contourner les sanctions.

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Pour un investisseur autonome, cette affaire illustre un risque systémique souvent négligé : les crypto-actifs, censés être neutres, deviennent des vecteurs géopolitiques. Avant d’utiliser une plateforme, vérifiez sa conformité avec les régulations internationales – cela peut vous éviter une saisie ou un gel de fonds.

Conflit d’intérêt : l’auteur ne détient pas de position sur Nobitex et n’a jamais utilisé la plateforme. Les données proviennent de Reuters, Elliptic, TRM Labs et registres blockchain publics.

CFAW
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