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Points clés à retenir
- Risque de dollarisation : Les stablecoins adossés à des monnaies locales pourraient renforcer le rôle du dollar numérique.
- Effet de réseau : Près de 99 % des stablecoins sont adossés au dollar, créant une liquidité difficile à concurrencer.
- Réglementation ciblée : Le FMI recommande de surveiller les points d’entrée et de sortie pour limiter les risques.
L’alerte du FMI : des stablecoins locaux qui accélèrent la dollarisation
Le 7 août 2026, Dan Katz, Premier Directeur général adjoint du FMI, a lancé un pavé dans la mare lors d’un discours à l’Université du Cap. Sa thèse, contre-intuitive : les stablecoins adossés à des monnaies nationales, censés renforcer le rôle de ces dernières, pourraient bien devenir le cheval de Troie du dollar numérique. Ce que les chiffres ne disent pas seuls, c’est que la dollarisation numérique pourrait s’accélérer précisément grâce à ces outils conçus pour la freiner.
L’idée est simple : si un stablecoin adossé au rand sud-africain et un stablecoin adossé au dollar coexistent sur la même infrastructure blockchain, leur échange devient trivial. Fini le passage par une banque, avec ses contrôles de change et ses frais. Les utilisateurs peuvent convertir leurs devises en quelques secondes, via des échanges décentralisés ou des pools de liquidité. Katz le dit explicitement : ces tokens locaux « pourraient même accélérer l’adoption des stablecoins de change ». Attention : ce que je vais écrire va à l’encontre du consensus. Le FMI ne présente pas ce scénario comme une certitude, mais le risque est réel.
L’effet de réseau du dollar, un obstacle difficile à surmonter
Posons les bases avant d’aller plus loin. Le marché des stablecoins est encore massivement dominé par le dollar : sa capitalisation est restée stable autour de 300 milliards de dollars sur la dernière année, après avoir triplé entre 2021 et 2025. Près de 99 % des stablecoins sont libellés en dollars américains.
Cette domination confère aux tokens adossés au dollar une liquidité et une acceptation bien supérieures sur les plateformes d’échange et dans les systèmes de paiement. Les stablecoins nationaux doivent concurrencer ces effets de réseau préexistants, même lorsqu’ils sont lancés par des régulateurs ou des entreprises locales.
Prenons l’exemple de l’Afrique du Sud. Selon Katz, l’adoption des stablecoins dollar y est encore limitée, mais celle des stablecoins adossés au rand est encore plus faible. Il souligne qu’il est « trop tôt pour tirer des conclusions définitives », mais la tendance est parlante. La Banque de réserve sud-africaine a constaté une explosion des volumes de transactions : de moins de 4 milliards de rands en 2022 à près de 80 milliards de rands au cours des dix premiers mois de 2025.
La conversion on-chain : une nouvelle porte d’entrée vers le dollar ?
Le nœud du problème, c’est la facilité avec laquelle on peut désormais passer d’une devise à l’autre sur la blockchain. Un détenteur de stablecoin local n’a plus besoin de s’adresser à un établissement financier pour obtenir des dollars : les échanges décentralisés, les pools de liquidité et les transactions de pair à pair offrent des alternatives directes.
Cette migration des opérations de change vers la chaîne pourrait contourner les banques et courtiers qui servent de points de contrôle réglementaires. Ces intermédiaires sont tenus de déclarer les transactions, d’appliquer les restrictions de change et de faire respecter les contrôles de capitaux. Avec des portefeuilles en conservation personnelle, ces transactions échappent en grande partie à la surveillance des autorités.
Une étude de la Banque des règlements internationaux (BRI) confirme ces inquiétudes. Elle a analysé quatre stablecoins adossés au dollar et 27 devises fiduciaires : plus de 70 % des entrées nettes de capitaux dans ces tokens provenaient de devises non-dollar. La BRI a également constaté que les flux étaient similaires dans les pays avec ou sans restrictions sur les stablecoins transfrontaliers, ce qui suggère que les contrôles conventionnels perdent de leur efficacité face à la nature sans frontières de la blockchain.
Des risques de dollarisation différenciés selon les économies
Le FMI précise que tous les pays ne seront pas touchés de la même manière. Dans les économies où les résidents détiennent déjà des dollars en quantité substantielle, les stablecoins pourraient simplement remplacer les dépôts en devises ou les billets physiques, sans augmenter la demande globale de dollars.
En revanche, dans les pays où l’accès au dollar est limité ou la confiance dans la monnaie nationale est faible, les stablecoins offrent une porte d’entrée supplémentaire. Lors de périodes de dépréciation monétaire ou d’inflation élevée, l’accès facilité aux « dollars numériques » pourrait accroître la demande d’actifs en devises étrangères. Katz présente ce risque comme dépendant des conditions économiques internes, non comme une fatalité.
En pratique, ça donne quoi ? Le rapport économique annuel 2026 de la BRI met en garde : les stablecoins en devises étrangères peuvent devenir des substituts accessibles à la monnaie nationale, rendant les flux de capitaux plus importants ou plus volatils lorsque la confiance vacille.
Quelles solutions pour les régulateurs ?
Face à ces risques, le FMI ne prône pas une interdiction généralisée des stablecoins étrangers. Katz recommande plutôt une approche ciblée, selon les risques propres à chaque économie.
La priorité est de réguler les points d’entrée et de sortie des stablecoins. Échanges, custodians et sociétés de paiement qui convertissent la monnaie fiduciaire en actifs numériques sont des maillons où les autorités peuvent imposer des exigences d’identification, de surveillance des transactions et de déclaration.
Les points de conversion on-chain doivent également être surveillés. Là où les stablecoins locaux et dollar sont librement échangeables, les règles de change et de contrôle des capitaux doivent être repensées. La coopération internationale est indispensable, car l’activité peut migrer vers des plateformes hors de la juridiction de l’utilisateur.
Enfin, il faut garder à l’esprit les bénéfices : les stablecoins peuvent réduire les coûts des paiements transfrontaliers. Des travaux du FMI suggèrent que les transferts via stablecoins coûtent moins cher que les envois de fonds traditionnels (qui atteignent en moyenne 6,5 % du montant), à condition que les frais de conversion soient maîtrisés.
Vers un cadre réglementaire mondial ?
Les régulateurs avancent, mais la route est longue. Le FMI collabore avec le G20 dans le cadre de l’initiative Data Gaps pour améliorer la collecte de données sur les flux d’actifs numériques. L’objectif : adapter les cadres réglementaires nationaux tout en développant une compréhension commune des enjeux.
À ce jour, aucune règle internationale contraignante n’a été adoptée suite au discours d’août 2026. Mais le message du FMI est clair : les stablecoins locaux ne doivent pas être considérés automatiquement comme un bouclier contre la dollarisation numérique. Ils pourraient, au contraire, servir de pont vers les actifs adossés au dollar.

Quinze ans en salle des marchés, puis tout plaquer pour la DeFi. Aujourd’hui j’analyse les marchés financiers et les protocoles crypto avec la même rigueur — sans les conflits d’intérêt.