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Points clés à retenir
- Levée historique : Le protocole de prêt décentralisé Morpho a levé 175 millions de dollars auprès de Paradigm, a16z Crypto, Ribbit Capital, Apollo, VanEck et Circle, pour une valorisation proche de 2 milliards.
- Adoption institutionnelle : Coinbase, Kraken, Binance et SG Forge (filiale crypto de Société Générale) utilisent déjà l’infrastructure de Morpho pour servir du rendement à leurs clients, sans qu’ils le sachent forcément.
- Nouveau marché : Le CLARITY Act américain pousse les plateformes à structurer le rendement via des coffres curatés. C’est la naissance du Yield-as-a-Service, un marché dominé par Morpho.
Ce que les chiffres ne disent pas seuls, c’est…
Le 10 juin 2026, la pépite française Morpho a annoncé une levée de 175 millions de dollars menée par Paradigm, a16z Crypto et Ribbit Capital. Valorisation : près de 2 milliards de dollars. Ce protocole de prêt décentralisé, où l’on prête et emprunte des crypto-actifs sans intermédiaire, devient le moteur du rendement que Coinbase, Kraken et même Société Générale servent déjà à leurs clients. C’est le signe d’un basculement que peu d’épargnants ont vu venir.
Attention : ce que je vais écrire va à l’encontre du consensus. L’analyse des chiffres bruts est intéressante, mais la vraie leçon se cache dans les mécanismes de création de valeur. Posons les bases avant d’aller plus loin.
Les géants de Wall Street parient sur une start-up parisienne
Ce tour de table aligne des noms qu’on ne croise pas tous les jours dans la crypto. Apollo et VanEck, géants de la gestion d’actifs traditionnelle, ont investi aux côtés de Circle, la société derrière le stablecoin USDC, et de Ledger. Morpho est déjà le numéro 2 du prêt décentralisé derrière Aave, avec plus de 11 milliards de dollars de dépôts revendiqués.
Ces gérants veulent un pied dans l’infrastructure qui distribuera le crédit on-chain. Morpho prévoit d’utiliser ces 175 millions pour renforcer ses intégrations avec banques, fintechs et gestionnaires d’actifs, et développer des produits de crédit programmables. C’est précisément là que ça se complique.
La France est partout dans ce tour : Bpifrance, la banque publique, et NJJ Capital, le fonds de Xavier Niel, sont présents. Rien d’étonnant : Morpho est née à Paris en 2021, lancée par Paul Frambot et son équipe d’ingénieurs français. À 25 ans, son fondateur dirige l’un des plus gros protocoles de prêt du monde.
Morpho présente l’opération comme la plus grosse levée de l’histoire de la DeFi. La réalité est plus nuancée : le projet Wormhole avait réuni 225 millions de dollars en novembre 2023. Mais le tour de Morpho reste malgré tout l’un des plus gros jamais bouclés dans le secteur.
Autre particularité : la levée s’est faite en cryptomonnaie. Les investisseurs ont acheté le jeton MORPHO à son cours moyen du mois, loin d’une augmentation de capital classique. En misant sur le jeton lui-même, ils parient directement sur la valeur de MORPHO. Le token a gagné 7,5 % dans les 24 heures suivant l’annonce, quand le reste du marché reculait.
Votre rendement sur Coinbase vient peut-être déjà de Morpho
Morpho se présente comme un réseau de crédit ouvert. L’idée est simple : Aave est une application aux règles figées, tandis que Morpho propose une boîte à outils pour construire son propre Aave. Une fintech, une plateforme ou une banque peut monter son propre marché de prêt, avec ses règles et son niveau de risque, sans repartir de zéro.
Le vrai produit, celui qui intéresse les institutions, porte un nom : les coffres curatés. Un coffre est un pot commun où les déposants placent leur argent. Le curateur, lui, est le gestionnaire de ce pot : il choisit les marchés de prêt, règle le niveau de risque, décide où va la liquidité. Le déposant ne touche à rien, il fait confiance au curateur.
Ces coffres tournent déjà sous le capot des plus grands : Coinbase, Binance, Kraken, mais aussi SG Forge, la filiale crypto de Société Générale. Le client d’une de ces plateformes qui touche des intérêts sur ses stablecoins passe souvent par un coffre Morpho sans le savoir.
En pratique, ça donne quoi ? Si toutes ces plateformes s’y branchent, c’est aussi pour une raison réglementaire. Aux États-Unis, le CLARITY Act, actuellement en préparation, s’apprête à interdire les intérêts pour la simple détention de stablecoins. Pour continuer à proposer du rendement sans enfreindre la règle, les plateformes doivent faire travailler les fonds dans de vrais marchés de prêt. Les coffres de Morpho font exactement ça. C’est tout un marché qui naît de cette contrainte : le Yield-as-a-Service.
Selon un associé de Paradigm, d’ici quelques années, chaque banque et chaque gestionnaire d’actifs voudra s’exposer à ce rendement.
Ce que cache l’APY affiché dans une application
Plus ce rendement devient grand public, plus il s’éloigne de celui qui le touche. Entre l’endroit où il se génère et le portefeuille de l’épargnant, les intermédiaires s’accumulent. Le curateur du coffre se rémunère, la plateforme qui revend le produit prend sa marge.
Ce rendement n’a pourtant rien de magique : des emprunteurs versent des intérêts, et ces intérêts rémunèrent les déposants. Tout est défini par des règles écrites dans le code.
Au bout de la chaîne, l’épargnant n’a rien décidé. Le curateur a choisi les marchés et fixé le niveau de risque. La plateforme a décidé du produit qu’elle propose et du taux affiché.
Le client final n’a plus qu’à cliquer, sans savoir ce qu’il y a derrière le chiffre.
Aller chercher le rendement à la source, sans intermédiaire
Vous l’avez compris : si ces géants ont investi dans Morpho, c’est pour proposer des produits de rendement à leurs propres clients, en prélevant une commission au passage. Je préfère me tromper avec des données plutôt qu’avoir raison avec des intuitions. Les chiffres parlent : selon les termes de Morpho, le rendement net pour le client final est souvent inférieur de 15 à 20 % par rapport à ce que produit le protocole lui-même.
Une partie des investisseurs refuse ce rôle de simple client. Au lieu d’attendre qu’une plateforme leur revende un rendement rogné, ils vont le chercher directement à la source. Ils prennent le temps de comprendre d’où vient l’argent, qui paie les intérêts, ce qui se passe en cas de coup dur. Et ils gardent leurs fonds sous leur seule garde, sans jamais les confier à un tiers.
Cette manière de faire, méthodique et transparente, c’est celle du Club 25%. Un club privé de 150 investisseurs qui gèrent leur épargne en stablecoins via la DeFi, avec un objectif de 15 à 25 % par an, sans trading, sans volatilité, en y consacrant quelques heures par trimestre. Un portefeuille public de 100 000 $ suivi en temps réel, où chaque entrée, chaque sortie et chaque opération est expliquée en détail. Des opportunités DeFi analysées et auditées une par une, avec la source du rendement décortiquée et des guides vidéo pour investir étape par étape. Une souveraineté totale sur vos fonds : la custody n’est jamais déléguée, aucune plateforme tierce n’accède à votre wallet.
Ce rendement va continuer de se glisser dans des applications toujours plus simples, jusqu’à devenir invisible. Savoir le comprendre avant d’y toucher, c’est déjà avoir une longueur d’avance sur ceux qui se contenteront du chiffre affiché à l’écran.
Cet article contient des références au Club 25%, un projet dont l’auteur est co-créateur. Aucune rémunération directe de Morpho, Coinbase ou Paradigm. Les données on-chain proviennent de DeFiLlama et Dune Analytics. Ceci n’est pas un conseil en investissement.

Quinze ans en salle des marchés, puis tout plaquer pour la DeFi. Aujourd’hui j’analyse les marchés financiers et les protocoles crypto avec la même rigueur — sans les conflits d’intérêt.